Que dit votre protestantisme sur la liberté humaine?

FAQ "La liberté humaine"

Quelle question !

La notion de liberté constitue une des caractéristiques de la pensée protestante.

Les auteurs bibliques du livre de la Genèse racontent l’appel de Dieu adressé à Abraham : « Va vers toi-même, vers le pays que je te promettrai » (Gen.12,1), Notre protestantisme interprète cet appel en insistant sur la dimension personnelle, intérieure de la liberté qui en résulte. Elle concerne avant tout la vie spirituelle devant Dieu. Martin Luther (1483-1546), le Réformateur protestant, distinguait l’humain intérieur et l’humain extérieur, comme il distinguait foi et amour ou encore personne et œuvre. La liberté n’est pas d’abord une conquête et une émancipation, individuelle ou sociale, de l’humain parmi ses semblables, mais consiste en premier lieu à vivre une relation de confiance en tant qu’humain créé devant son Créateur.

Au xvie siècle, les Réformateurs protestants repoussèrent l’erreur de la doctrine médiévale régnante qui consistait à penser que l’humain peut choisir librement de ne pas pécher. En se démarquant de cette doctrine, le Réformateur protestant français Jean Calvin (1509-1564) choisit la doctrine de la double prédestination (certains humains sont prédestinés à la perdition éternelle, et les autres au salut). Avec le temps, le protestantisme s’est débarrassé petit à petit de tout déterminisme spirituel, et rejeta l’idée de prédestination, tout en gardant la vérité mise en lumière par les Réformateurs, à savoir l’idée et le sentiment de la grâce directement justifiante, immédiatement régénératrice, de la grâce affranchie du sacrement et du sacerdoce.

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La Réforme protestante affirme la servitude morale de l’humain et la nécessité de la grâce pour l’en affranchir (contrairement à la doctrine de l’imago dei, selon laquelle, l’humain ayant été créé à l’image de Dieu, sa ressemblance à Dieu et son libre arbitre demeurent inaltérés, malgré le péché). Pour nous l’humain est fondamentalement pécheur, son sens du bien est indéniablement limité, et sa situation de servitude vis-à-vis du péché a sans cesse besoin de la délivrance opérée par la grâce de Dieu. Devant le péché, l’humain ne peut pas choisir car sa volonté est enchaînée, mais il est déclaré juste par Dieu, gratuitement, sans condition, par grâce, par le moyen de la foi du Christ (Eph.2,8-9). Il est libéré et, dans la gratitude, devient responsable de ses choix et de ses actes devant les autres créatures, n’étant plus préoccupé par son salut devant Dieu, qui est l’œuvre de la seule grâce de ce dernier. L’apôtre Paul, dans la Bible, dit que « la foi se traduit par des actes inspirés par l’amour » (Gal.5,6). Une vie spirituelle intérieure libérée devant Dieu se traduit extérieurement par le choix d’une certaine réponse aux obligations que demande la condition humaine sociale. Les choix éthiques qui en résultent essaient de s’inspirer de la grâce de Dieu. L’éthique de la liberté responsable (aussi bien l’éthique pratico-morale que l’éthique spirituelle religieuse) devant les autres créatures est une réponse à l’amour inconditionnel de Dieu et, de ce fait, ne conditionne pas cet amour.

CONFÉRENCE :

Le philosophe protestant luthérien, Emmanuel Kant (1724-1804), pensait que tout humain rentrant en lui-même peut y trouver une loi (inspirée de la grâce de Dieu) qui lui commande de faire le bien. C’est ce fait souverain qui établit la réalité de la liberté. De ce fait, dans le cadre d’une éthique respectant l’obligation morale telle que Kant l’a définie, le déterminisme et la nécessité sont exclus : étant sujets du devoir nous sommes libres.

Notre protestantisme est caractérisé par la conscience personnelle, interdisant à toute autre autorité l’entrée du for intérieur où l’humain et Dieu se rencontrent en tête à tête, et où l’humain n’est jugé que par la voix de sa propre conscience. Dans ce for intérieur, la sentence qui libère l’esprit humain est la voix du témoignage intérieur de l’Esprit divin (sunmartureô, témoigner ensemble, Rom.8, v.16), qu’entend celui qui pense qu’elle lui est adressée. Dans le dialogue intérieur entre l’Esprit divin et l’esprit humain, lorsque celui-ci acquiesce à ce que dit celui-là, une identité entre l’autorité du Christ et la conscience morale du croyant s’instaure.

À l’opposé d’une autorité absolue, rigide et statique, d’une morale toute faite qui s’impose immuablement à la vie, l’autorité du Christ respecte la liberté de la conscience humaine.

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