Quelle question !
L’apôtre Paul dit : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile » (1Cor.10,23). Beaucoup, dans notre protestantisme, entendent à travers ce verset que la personne spirituelle est appelée à discerner ce qui est utile. Dans la quête de réalisation de soi, proposée notamment par Abraham Maslow, se trouve le risque d’une volonté de toute-puissance, qui peut en arriver à ne pas respecter la dignité et/ou la liberté des autres créatures.
Nous entendons dans le livre du prophète Ésaïe (ch.43, v.1-5) que Dieu nous appelle par notre nom, et c’est cette nomination qui nous donne notre identité ultime, qui demeurera même lorsque tous nos autres noms disparaissent, et même quand tout le monde se trompe sur nous. Le plus court chemin pour aller de soi à soi passe par cette Parole de Dieu qui nous nomme. Il ne s’agit donc pas d’une auto-réalisation de soi par une quête ou des pratiques spirituelles quelles qu’elles soient. Il s’agit au contraire d’une identité offerte gratuitement et reçue dans la confiance en cette grâce.
Puisque la réalisation de soi est offerte par Dieu dans sa grâce, la personne spirituelle n’a plus besoin de s’en préoccuper, mais d’en tirer les conséquences dans sa vie. Dieu fait d’elle une lumière, qui reflète sa lumière ; elle est appelée à marcher en tant qu’enfant de lumière.
Lorsque la spiritualité tombe dans le piège de la volonté de toute-puissance, la personne spirituelle est souvent amenée à revendiquer son identité. La dignité humaine de la personne d’autrui peut ne plus être considérée comme une fin en soi, mais réduite à n’être qu’un simple moyen pour satisfaire la volonté de toute-puissance.
C’est dans ce sens que nous comprenons ce que dit l’apôtre Paul : « Dieu a choisi de se révéler dans les choses faibles de ce monde, pour confondre les puissants. » (1Cor.1,27)