Quelle question !
Tout d’abord, l’éthique, pour notre protestantisme, relève de la réflexion sur les motivations et les choix de la conscience morale. Tandis que, pour nous, la morale relève davantage des conséquences pratiques de cette réflexion.
Notre protestantisme reconnaît que l’obligation morale due à la conscience morale ne s’explique pas par l’ordre ou la contrainte pure et simple d’une volonté, même divine.
Dans la Bible, l’apôtre Paul dit : « Mon désir est d’être trouvé en lui, non pas avec la justice que j’aurais moi-même acquise en obéissant à la Loi, mais avec la justice qui vient de la foi-fidélité du Christ, et qui suscite en moi la foi-confiance en sa fidélité » (Php.3,9). Notre protestantisme entend par là que la foi est un double mouvement : elle est d’abord le moyen par lequel le Christ, dans sa fidélité, se rend présent au sujet. Cela suscite, ensuite, la confiance humaine, mouvement psychologique second, en réponse à la fidélité du Christ ; cette confiance rend visible l’action sanctificatrice de Dieu. Être sanctifié consiste à recevoir du Christ les biens tels que la grâce, la vie et le salut. C’est l’œuvre de Dieu. L’identité de l’humain existant devant Dieu se situe dans la Parole de ce dernier qui le nomme et le reconnaît. La sanctification qui en résulte est comme une re-création d’un humain nouveau à l’image de Dieu dans l’extra nos de la foi, comme un devenir ce que l’on est déjà. Cette sanctification chrétienne, œuvre de Dieu, se distingue de l’éthique humaine, sans s’y opposer.
L’humain re-créé juste et saint est concerné, comme tout autre humain, par l’éthique qui relève de la condition humaine terrestre : faire le bien et éviter de faire le mal. La morale humaine se distingue de la sainteté religieuse. Dieu lui-même, pour entrer en alliance avec l’humain, possède une conscience morale, et est soumis de ce fait à l’obligation morale. Dieu n’est pas au-dessus de la morale, mais y est astreint comme tout être moral. Dieu n’a le droit moral de commander que si sa volonté est conforme à l’idéal moral qu’est le Christ : nous pensons que, en Christ, Dieu prend le risque de s’incarner dans ce que la raison humain peut ériger comme idéal. Un tel Dieu s’inscrit dans la finitude d’une morale humaine. Les principes de la morale, sur le plan psychologique, surgissent du fonds intime de notre nature, et ne reposent métaphysiquement que sur eux-mêmes.
Il en résulte donc que les principes de la morale, qui se présentent, sur le plan psychologique, comme surgissant du fonds intime de notre nature, ne reposent métaphysiquement que sur eux-mêmes, puisqu’ils obligent la volonté divine, s’il y a un Dieu, aussi bien qu’ils obligent la volonté humaine. Le Dieu de notre protestantisme possède aussi une conscience morale, et est soumis de ce fait à l’obligation morale. Il n’est pas au-dessus de la morale, mais y est astreint comme tout être moral.
L’éthique humaine (pratico-morale et/ou spirituelle-religieuse), non divine, qui en résulte se distingue de la morale sans Dieu dite scientifique, non métaphysique. En effet, nous estimons que, en matière morale et spirituelle, la science pure n’est pas suffisante ou même compétente. La morale dite scientifique préconise, sous le nom de laïcisation complète, un retour, voire un recul, à l’attitude morale des philosophes grecs : morale du souverain bien, de l’intérêt, du plaisir ou de l’utilité, sous des formes diverses, en supposant des fins morales que la science n’a pas fournies et qu’elle est incapable de fournir, puisqu’elle refuse la morale du devoir et de l’obligation.
L’envie de tendre vers l’idéal moral et religieux revient sans cesse en nous grâce à l’attrait du Christ, source intarissable de sentiments, de pensées, d’actes conformes à notre conscience morale. Cela suscite un changement, par cette force qui attire qu’est le Christ. Déjà, lors de son passage sur terre, le Christ historique a attiré les humains à lui, en les invitant à le suivre. Aujourd’hui, il attire encore par ce qui est raconté de sa vie terrestre ou de sa mort, parce qu’il est là lui-même, spirituellement, par son Esprit, qui nous rappelle son idéal moral et religieux. Il nous attire, et lorsqu’on y cède, son attrait conduit à la communion avec lui. L’union au Christ suscite en nous une nouvelle vie faite d’une relation morale et personnelle avec lui, et nous donne une véritable piété. La force d’attraction pour y arriver est offerte, et le fait de céder à cet attrait signifie laisser au repos les autres attirances, ce qui suppose la passivité du sujet : être « sauvés par la grâce seule, par le moyen de la foi, et non par les œuvres accomplies » (Eph.2,8-9).